top of page

« Le Peuple dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière (Is 9,2) »

Commentaire d’évangile pour le Dimanche des Rameaux et de la Passion Carême  (Mt 21,1-11 et Mt 26,14 -27,66 ; année liturgique A), célébré le dimanche 29 mars 2026.


Commentaire publié dans le journal hebdomadaire L'AMI HEBDO au sein de l'édition du 29 mars 2026.





Ce verset d’Isaïe, magnifiquement solennisé pendant la nuit de la Nativité, semble la clef de voûte qui structure l’architecture et la poétique de l’évangile selon saint Matthieu.

L’évangéliste l’utilise d’ailleurs pour désigner le début de la prédication de Jésus (Mt 4,15-16) après son baptême (Mt 3,13-17) et sa tentation au désert (Mt 4,1-11). Et si elle nous aidait à percevoir les enjeux de la Passion de Jésus en ce début de Semaine Sainte ?

 

 

Selon saint Matthieu, l’entrée de Jésus à Jérusalem semble davantage un mystère qu’une évidence triomphale. Le lecteur reste interrogatif sur le sens des acclamations car il y a un bien un « peuple » mais il est constitué de plusieurs « foules » ! Certaines acclament en étendant manteaux et branches d’arbres comme pour accueillir un roi, mais quel roi ? D’autres sont agitées et se demandent qui est-il !

Rien ne semble acquis, certains, quant aux intentions profondes de ces foules… Nous sommes suspendus, interrogatifs… Mais pour qui cherche à comprendre, l’évangéliste nous a laissé des signes qui accompagnent Jésus dans cette entrée à Jérusalem.

L’évangéliste semble adopter la méthode de la mise en abime du verset d’Isaïe par une mise en abîme des signes ; où les signes du présent de la narration permettent de faire mémoire de scènes bibliques du passé qui donnent sens et anticipent d’autres signes à venir de la narration. La richesse sémantique des signes permet alors de saisir les enjeux cachés de l’évènement et surtout ce qu’ils manifestent !

Alors scrutons ces indices et tentons de faire la lumière dans ces ténèbres du sens !

 

 

Véritable tapisserie, dans cette entrée à Jérusalem « se lève une grande lumière » !

Jésus « se lève » parce qu’il est monté sur un âne. Très important dans le bestiaire biblique, l’évangéliste prend soin de mettre en lumière l’âne et d’attirer l’attention sur lui avec une histoire qui semble avoir inspiré le récit de la venue des Mages (Mt 2,1-13). En effet, selon le Livre des Rois (1 R 13), un prophète vient de Juda pour dénoncer au Roi Jéroboam sa transgression vis-à-vis de la Loi et du culte et surtout lui annoncer qu’un nouveau roi naîtra dans la maison de David pour restaurer et la royauté et le culte qu’il a usurpés. Face à la colère meurtrière de Jéroboam, le prophète fut obligé de fuir par un autre chemin. Mais manipulé par un vieux prophète, il monte sur un âne lui appartenant et mourut, attaqué par un lion. Avant de l’enterrer dans son propre tombeau, le vieux prophète fit porter sa dépouille par l’âne qu’il trouva assis, au bord du chemin, à côté du lion. L’âne préfigure l’annonce de la venue du Messie !

« Grande lumière » parce qu’en Jésus s’accomplit un verset de l’Ecriture (Za 9,9-11) où la figure de l’âne est décisive. On reconnait Jésus comme un Roi juste, victorieux, pauvre, qui détruira les armes de guerre pour établir la paix (Is 9,6). Mais un Roi qui, par le sang de son alliance, libérera les captifs d’une citerne sans eau. Allusion à Joseph (Gn 37,24) qui fut trahi, entièrement dépouillé par ses propres frères, jeté dans la citerne sans eau avant d’être vendu pour connaitre son exil en Egypte. Mais dans le contexte plus tardif de Zacharie, les captifs de la citerne désignent ceux qui sont captifs de la mort.

 

Cette tapisserie biblique (Mt 21,1-11) illumine déjà le sens de la Passion (Mt 26,14 -27,66) !

Elle met bien en abîme le verset d’Isaïe (Is 9,2) où par les signes du passé qu’elle convoque à la mémoire (1 R 13 et Za 9,9-11), elle anticipe les ténèbres du drame et de la tragédie à venir ; mais elle fait déjà se lever, en pleine lumière, la dimension prophétique, sacerdotale et royale de Jésus !

Nous serons alors en présence d’une authentique Epiphanie, une autre Transfiguration de Jésus !

 

 

En effet après ce triomphe terrestre, le peuple va marcher dans les ténèbres.

Elles seront effectivement entre la 6ème et la 9ème heure où Jésus meurt sur la Croix (Mt 27,45).

Mais les ténèbres seront là aussi dans les cœurs à travers les actions de ces différentes foules où se dévoileront en pleine lumière leurs intentions profondes ! Entre celles qui vont trahir Jésus, le vendre, le dépouiller de ses vêtements ; celles qui vont injustement le condamner, l’insulter, l’humilier et le rejeter parce qu’il se prend pour le Fils de Dieu ; sans oublier celles qui vont, lors de sa montée au Golgotha, rugir sur lui avec la violence d’une férocité bestiale, alors qu’il est l’innocence !

 

En mourant au cœur des ténèbres, Jésus sera là, nu, seul !

Alors que tout est dévoilé, tout est également accompli !

Aussi de cette mort jaillira la vie, de ces ténèbres se lèvera une grande lumière !


L’évangéliste fait correspondre les 3 signes de la résurrection simultanément au moment où Jésus meurt (Mt 27,50-54) : dévoilement du Temple, ouverture des tombeaux et libération de ceux que la mort retenait captifs, les ressuscités vont annoncer et témoigner devant les habitants de Jérusalem.

 

Ces signes nouveaux accomplissent les signes de jadis annoncés dans la tapisserie biblique évoquée au moment de l’entrée à Jérusalem !

En mourant, Jésus est le frère innocent que l’on a rejeté, le prophète que l’on a tué, le Messie dont le sang versé sur la Croix est celui de la nouvelle Alliance qui libère les morts. Il est Roi, humble et pauvre, mais d’un Royaume qui vient !

Ainsi, la tapisserie biblique de l’entrée à Jérusalem préfigurait bien la mort et la résurrection de Jésus, mais annonçait déjà son entrée triomphale dans la Jérusalem céleste lors de l’Ascension. L’entrée de Jésus à Jérusalem est alors à comprendre comme un signe qui anticipe déjà son Epiphanie dans le ciel !

     

 

 

Aussi le Vendredi Saint,

lors de l’antique du rite du dévoilement de la Croix,

devant Jésus seul,

ainsi élevé de terre,

serons-nous prêts,

comme le centurion ou les bergers au matin de la Nativité,

à reconnaitre qu’il est la lumière qui se lève dans nos ténèbres ?

A confesser qu’il est vraiment le Fils de Dieu ?

Commentaires


bottom of page