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Le mystère d'une supplication

12 sept.
3 min de lecture

Commentaire d’évangile pour le 24ème Dimanche du temps ordinaire  (Mt 18, 21-35 ; année liturgique A), célébré le dimanche 13 septembre 2026.


Commentaire publié dans le journal hebdomadaire L'AMI HEBDO au sein de l'édition du 13 septembre 2026.



Etymologiquement, la supplication est une action de grâce ou une prière adressée à Dieu dont la principale caractéristique est d’être publique. Mais alors à quoi engage concrètement une prière que l’on rend publique ?


L’évangile de ce dimanche met en lumière deux personnages qui adressent une supplication : un serviteur et un compagnon. L’un et l’autre sont dans la même situation : ils ne peuvent rembourser leur dette. L’un risque d’être vendu et l’autre jeté en prison. Or leurs supplications, qui ressemblent aux attitudes utilisées pour la prière, sont identiques. Elles sont physiques puisque l’un et l’autre tombent aux pieds du prêteur et se prosternent devant lui. Puis elles sont verbales car en tant qu’emprunteurs l’un et l’autre implorent la patience et l’indulgence du prêteur afin de pouvoir rembourser leur dette. La différence est que l’un est exaucé : le serviteur s’est vu accorder cette patience indulgente. Par contre l’autre, le compagnon, est jeté en prison. Que s’est-il passé ?


La subtilité évangélique réside dans le fait qu’un des personnages a deux rôles.

Il s’agit du serviteur, tantôt emprunteur, tantôt prêteur.

La progression du texte met en lumière un abîme de plus en plus grand, comme si le cœur de ce serviteur était double, divisé. En tant qu’emprunteur il implore la patience et l’indulgence. En tant que prêteur il est sourd à l’imploration de son compagnon et se révèle intraitable, sans compassion. En tant qu’emprunteur il implore l’amour et la miséricorde de son prêteur. En tant que prêteur, il est sans amour et ne pardonne pas.

L’abîme ainsi révélé de ce cœur divisé est une véritable dissonance, car on découvre que la voix de ce serviteur n’est pas en accord avec son cœur ! Il implore quelque chose qu’il ne peut pas donner ! De plus la voix de ce serviteur a manipulé par l’affect son prêteur qui, lui, fut saisi de pitié. Cette dissonance révèle également une forme subtile de mensonge.


Puisque la supplication fut publique, l’abîme de cette dissonance n’est pas passée inaperçue et le serviteur a été confondu par son maître-prêteur.

Attardons-nous aux paroles de ce dernier. Il nous révèle que la supplication s’accompagne d’une transformation intérieure : devenir capable de redonner ce que l’on a d’abord reçu. Ce serviteur-prêteur aurait du devenir indulgent, puisque son propre maître-prêteur a été indulgent envers lui.

Présentée de cette manière, la supplication présuppose donc de consentir à devenir d’abord réceptacle d’un don, qui va donner ses fruits en nous puis va nous transformer pour le redonner ensuite aux autres.

Par la pédagogie de cette parabole, véritable école de prière, la parole de ce maître donne à comprendre ce que Jésus a exprimé par ses paroles « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36) et que l’apôtre a enseigné en écrivant : « ...A l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, puisqu’il est écrit : Vous serez saints, car moi, je suis saint. » (1P 1,15-16).

La supplication sera sincère dans la mesure où elle rendra publique notre consentement à redonner à autrui ce que l’on a demandé pour soi, et cela avant même de le recevoir ! Autrement dit, il faut consentir à devenir prêteur avant même d’être débiteur ! N’est-ce pas ce que Jésus nous enseigne lorsqu’il nous apprend à prier en disant « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé » ?

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