Baptisés dans la lumière de Jésus
- bohleremmanuel

- 31 janv.
- 4 min de lecture
Commentaire de cantique "Baptisés dans la lumière de Jésus"
Cote : N 297/ CNA 672
Ancienne Cote : I 297
Texte : Michel SCOUARNEC (1934)
Musique : Jo AKEPSIMAS (1940)
Article publié par l’Union Sainte Cécile, dans la revue CAECILIA du Service Diocésain de Pastorale Liturgique et Sacramentelle, de musique et d’art sacré de l’archidiocèse de Strasbourg.
N°01, édition de janvier 2026.

Appartenant au diocèse de Quimper, Michel SCOUARNEC est de cette génération de prêtres qui fut formée et ordonnée très peu de temps avant le Concile Vatican II (1959). Ils entrent dans la pleine maturité de leur ministère après l’élan missionnaire de l’immédiat après-Concile, et rayonnent vraiment dans les années 1970-1980.
Michel SCOUARNEC est-il un « poète-théologien » ou bien un « théologien-poète » ? Difficile à dire tant il y a une fécondité réciproque entre les deux arts dans ses écrits.
En tant qu’auteur on peut remarquer à travers ses poèmes combien il a su mettre à profit son ministère de professeur de liturgie. Il suffit de penser à « Aube nouvelle » (1975), « Pain rompu pour un monde nouveau » (1981) ou bien « Il restera de toi » (1980). Il y a dans ses textes[1], une qualité poétique, biblique et liturgique qui vient directement de la science liturgique qu’il enseignait.
En plus d’être compositeur, professeur, Michel SCOUARNEC avait un vrai souci pastoral de la formation liturgique des fidèles. Il publia un certain nombre de livres de liturgie[2], et dirigea la célèbre collection « Vivre, croire, célébrer ».
Par contre, à regarder de manière transversale l’œuvre poétique de Michel SCOUARNEC, on peut se rendre compte que la notion de « participation active des fidèles » semble au cœur de sa démarche poétique.
En effet les fidèles ne font pas que participer à la liturgie par l’unique fait de chanter ou de mettre une ambiance en tapant dans les mains et en s’agitant comme « des roseaux » pour reprendre la critique envers Jean-Baptiste. Mais le contenu du chant permet à ceux qui le chantent, d’entrer dans cette participation intérieure et consciente à l’œuvre de la Grâce, qui s’actualise à travers les signes liturgiques. On ne fait pas qu’entrer dans l’intelligence du mystère célébré, mais on entre dans cet « agir divin » auquel l’ensemble des membres de l’Eglise participent à travers « l’agir liturgique ».
Le cantique « Baptisés dans la lumière de Jésus » en est un pertinent exemple car il permet d’entrer dans cet agir divin qui se manifeste à travers l’agir liturgique du baptême.
Pour comprendre cet agir divin, l’auteur structure la progression des strophes suivant les grandes étapes du passage de la mer Rouge jusqu’à la Terre Promise.
1) La nuée guide le peuple.
2) Le souffle de Dieu ouvre la Mer pour que le peuple la traverse.
3) Une fois la Mer refermée, le peuple chante sa libération.
4) Le peuple marche une longue route faite de rebondissements jusqu’à la Terre Promise.
Ensuite chaque étape du passage de Mer Rouge va s’accomplir dans le Christ pour donner lieu à une relecture pascale, un passage pour comprendre le sens du Baptême en lien avec sa Mort-Résurrection.
1) Allusion à la lumière de matin de Pâque comme nouvelle naissance.
2) Jésus passe de la mort à la vie.
3) Jésus annonce la « bonne nouvelle du Salut »
4) On chemine vers le Royaume annoncé par Jésus.
Enfin l’auteur prend soin de montrer comment Dieu nous fait entrer dans son agir, afin que nous y participions pleinement :
1) Dieu nous prend par la main pour nous guider.
2) Dieu donne son Esprit pour traverser la mort.
3) Dieu nous parle pour annoncer notre libération
4) Dieu nous donne son Eglise pour marcher vers le Royaume des cieux.
Alors l’assemblée a raison de chanter en guise de bref refrain une actualisation de la parole même du Père au moment du baptême de son Fils (Mt 3,17) :
Le mystère pour nous s’accomplit !
Pour conclure, ce cantique est en parfaite connexion étroite avec l'action rituelle pour reprendre l'expression issue de la constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum Concilium [3].
Au coeur de l'action rituelle, il permet à celui qui le chante, d'entrer dans l'intelligence du "mystère célébré dans ces rites" pour emprunter la formule liturgique du rituel de l'ordination des prêtres, au moment où l'on remet le calice et la patène [4] à celui qui vient de recevoir l'imposition des mains et la prière de consécration, la vêture.
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[1] Le site « Chantons en Eglise » propose un référencement de 152 cantiques et messes disponibles de Michel SCOUARNEC
[2] Le site « Decitre » permet d’accéder aux volumes que composent la collection « Vivre, Croire, Célébrer »
[3] Constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium n°112, 4 décembre 1963, Edition Centurion : « […] La tradition musicale de l’Église universelle constitue un trésor d’une valeur inestimable qui l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle […] C’est pourquoi la musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique, en donnant à la prière une expression plus agréable, en favorisant l’unanimité ou en rendant les rites sacrés plus solennels. »
[4] Rituel de l’ordination des prêtres, Paris, Desclée de Brouwer, 1996 : L'évêque dit : « Recevez l'offrande du peuple saint pour la présenter à Dieu. Ayez conscience de ce que vous ferez, imitez dans votre vie ce que vous accomplirez par ces rites, et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur ».



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