Commentaire du cantique "Enfants d'un même Père"
Dernière mise à jour : 4 août
Supplémentaire numérique au commentaire du cantique "Enfants d'un même Père"
Cote : DX 76-1/ CNA 521
Ancienne Cote : T 76
Texte : Didier RIMAUD (1922-2003)
Musique : Jacques BERTHIER (1923-1994)
Article publié par l’Union Sainte Cécile, dans la revue CAECILIA du Service Diocésain de Pastorale Liturgique et Sacramentelle, de musique et d’art sacré de l’archidiocèse de Strasbourg.
N°03, édition de juillet 2026.
Evoquer le cantique Enfants d’un même Père, c’est évoquer sans s’en rendre compte, un autre cantique du tandem Rimaud/Berthier : Dieu nous a tous appelés (KD-14-56-1).
Autant ce dernier était très populaire comme processionnal d’entrée dans les grands rassemblements avec le Pape Jean-Paul II, autant Enfant d’un même Père est un processionnal d’envoi bien moins connu. Mais s’ils sont identiques en bien des points, ils proposent une expérience vocale et liturgique très différente.
Cet article se veut un complément de celui déjà proposé par Caecilia[1].
Composés de deux versets chacun, les six couplets identiques sont construits en forme de litanie avec l’incipit Dieu nous a tous appelés chanté par un soliste avec la possibilité d’un chœur à bouche fermée pour l’accompagner. Cette insistance que l’appel vient de Dieu n’est pas sans rappeler l’appel universel à la sainteté[2] de la Constitution sur l’Eglise du Concile Vatican II. Cette dimension litanique est renforcée par le fait que les six couplets s’enchainent d’un trait.
Par effet de mise en abime, chaque couplet est d’ailleurs rythmé par un refrain litanique qui diffère selon les cantiques. Pour Dieu nous a tous appelés, ce refrain est : « pour former un seul corps, baptisé dans l’Esprit ». Par contre pour Enfants d’un même Père il s’agit de : « pour former un corps, habité par l’Esprit ». Cette différence est intéressante parce qu’elle met davantage en lumière le rôle du Saint-Esprit : c’est lui qui assure la communion. Ainsi le cantique Enfants d’un même Père est davantage une litanie en faveur de la communion ecclésiale. D’ailleurs cela sera souligné à la fois par la stance et le refrain.
La stance expose à sa manière une dynamique de communion ecclésiale, mais dans un contexte de division. Lorsqu’on chante : « ne déchirons plus le Bien-Aimé », il s’agit d’une allusion aux divisions entre chrétiens. Jean XXIII utilisa cette expression pour œuvrer en faveur de l’unité de chrétiens[3] en encourageant la démarche œcuménique. Ce cantique Enfants d’un même Père est un appel à l’unité des chrétiens et trouverait sa place pour un rassemblement œcuménique ou bien pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens entre le 18 et le 25 janvier. La stance est trinitaire : elle montre que l’unité de l’Eglise[4] vient du Père, puisque nous sommes devenus enfant de Dieu par le baptême ; du Fils, parce que nous avons été marqués par son sang sur la Croix : c’est là que nous sommes tous sauvés. Il nous invite à revenir à une source qui désigne le Saint-Esprit : c’est bien lui qui assure la communion ecclésiale. Cette stance exprime, dans l’élan du Concile Vatican II, ce renouvellement de l’Eglise perçue comme mystère de communion[5].
Quant au refrain il va déployer le contenu trinitaire de la stance. Tout d’abord il confirme l’appel à l’unité rappelant qu’il s’agit d’un commandement : Dieu convoque à l’unité de la même manière qu’il convoque son Peuple pour se rassembler. Ainsi la question de l’unité des chrétiens et de l’œcuménisme n’est plus une option, mais fait partie de la compréhension même de la nature de l’Eglise. Jésus lui-même demanda à Dieu que ses disciples soit toujours un (Jn 17,21). Enfin, Si Dieu nous « ouvre un chemin », n’est-ce pas une allusion au passage de la Mer Rouge, à la Pâque ? C’est un appel permanent à la conversion, à vivre la Pâques du Christ dont le sang versé est le sang de l’Alliance. Bref, c’est un appel à revenir à la source des sacrements qui ont fait de nous des chrétiens.
Ainsi l’enchainement progressif stance-refrain avec la litanie-couplets renforce cet appel, cette conversion à l’unité ecclésiale. Chanter ce cantique c’est invoquer une Epiphanie du mystère de l’Eglise ! La forme musicale nous permet de demander à Dieu la grâce de l’unité avec le même embrasement dans l’Amour que Jésus la demanda à son Père, au moment où il aima les siens jusqu’au bout (Jn 13,1).
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[1] Anne-Juliette Meyer, Enfants du même Père, In Caecilia 3/2013
[2] Concile Vatican II, Lumen Gentium n°40, 21 novembre 1964 : « Le Seigneur Jésus, Maître et Modèle divin de toute perfection, a prêché cette sainteté de la vie, dont lui-même est l'auteur et qu'il conduit à son achèvement, à tous et à chacun de ses disciples, quelle que soit sa condition : "Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait"(2) (Mt 5, 48). En effet, il envoya à tous le Saint-Esprit qui les incite intérieurement à aimer Dieu de tout leur coeur, de toute leur âme, de tout leur esprit et de toutes leurs forces (cf Mc 12, 30), et à s'aimer les uns les autres comme le Christ les a aimés (Jn 13, 34; 15, 12). Les adeptes du Christ, appelés par Dieu et justifiés en Jésus-Christ non à cause de leurs oeuvres, mais selon le dessein et la grâce de Dieu, sont vraiment devenus, dans le baptême de la foi, fils de Dieu et participants de la nature divine et ont été, par conséquent, réellement sanctifiés. Ils doivent donc, avec l'aide de Dieu, maintenir et perfectionner dans leur vie cette sainteté qu'ils ont reçue. L'Apôtre les exhorte à vivre "comme il convient à des saints" (Ep 5, 3), à se revêtir, "comme il convient à des élus de Dieu, saints et agréables, de sentiments de miséricorde, de bonté, d'humilité, de mansuétude et de patience" (Col 3, 12), et à recueillir les fruits de l'Esprit en vue de leur sanctification (Ga 5, 22; Rm 6, 22). Et puisque tous nous commettons bien des fautes (Jac 3, 2), nous avons continuellement besoin de la miséricorde de Dieu et devons demander chaque jour: "Remets-nous nos dettes" (3) (Mt 6, 12). »
[3] Jean XXIII, Lettre à l'évêque de Trèves, pour les fêtes de la sainte Tunique de Notre-Seigneur, 22 février 1959 : « Sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, nous avons décidé la réunion prochaine d'un Concile œcuménique. Il permettra à l'Eglise une, sainte et catholique de lever l'étendard et de hausser la voix pour appeler et inviter à son bercail ceux qu'elle pleure, en des larmes maternelles, de voir, malgré leur nom de chrétiens, séparés d'elle depuis trop longtemps déjà par le malheur des circonstances. La Tunique sans couture du Christ est l'image et le symbole d'une telle unité. Si elle apparaît aux yeux de l'esprit, d'elle-même, avec le secours de Dieu, elle poussera un grand nombre à œuvrer et à prier pour la réalisation de cette unité, dont on entrevoit déjà l'aurore, annonciatrice de temps bienheureux. Pour y parvenir, que les fils de l'Eglise, rivalisant de zèle pour leur foi, mettent en pratique l'enseignement de l'Apôtre Paul, qui est la norme et comme le sommet de toute sainteté : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ » (Rm 13,14). »
[4] Concile Vatican II, Lumen Gentium n°2 : Tous ceux qu’il a choisis, le Père, avant tous les siècles, les « a distingués et prédestinés à reproduire l’image de son Fils qui devient ainsi l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). Et tous ceux qui croient au Christ, il a voulu les convoquer dans la sainte Église qui, annoncée en figure dès l’origine du monde, merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et de l’ancienne Alliance [1], établie enfin dans ces temps qui sont les derniers, s’est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au terme des siècles, se consommera dans la gloire […] Lumen Gentium n°3 : C’est pourquoi le Christ, pour accomplir la volonté du Père, inaugura le Royaume des cieux sur la terre, tout en nous révélant son mystère et, par son obéissance, effectua la rédemption.
[5] Congrégation pour la Doctrine de la Foi : Ratzinger Joseph, Lettre aux Evêques de l’Eglise Catholique sur certains aspects de la l’Eglise comprise comme Communion. Vatican, 28 mai 1992





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