L’antithèse au secours d’un dialogue, pour éviter qu’il ne soit de sourds !
Commentaire d’évangile pour le 20ème Dimanche du temps ordinaire (Mt 15, 21-28 ; année liturgique A), célébré le dimanche 16 août 2026.
Commentaire publié dans le journal hebdomadaire L'AMI HEBDO au sein de l'édition du 16 août 2026.

En rhétorique, l’antithèse est une figure de style qui met en regard deux propositions opposées afin de faire émerger une tension, une nuance ou une vérité nouvelle. Or le dialogue entre Jésus et la Cananéenne est construit sur ce principe rhétorique. Et si l’analyse grammaticale ravivait notre désir de Dieu ?
Jésus dérange : il méprise le premier appel de la Cananéenne, allant jusqu’à dire à ses disciples qu’il n’est envoyé qu’en exclusivité au Peuple de l’Alliance. Le 2ème appel ouvre enfin le dialogue par cette célèbre antithèse : Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens (Mt 15,26 et Mc 7,27).
En réponse l’extravagante Cananéenne utilise le même procédé, une antithèse en forme de parabole : les petits chiens mangent ce qui tombe de la table des Maîtres !
Véritable dialogue initiatique en parabole autour de l’image du chien, si l’expression eucharistique pain des enfants est exclusivement du Nouveau testament (Mt 15,26 ; Mc 7,27) faisons une enquête biblique sur l’image du chien.
L’antithèse de Jésus fut préparée par une autre antithèse : Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux […] (Mt 7,6). L’image du chien associée à celle du porc est définitivement négative. Polysémique ; désignant tour à tour l’insensé, le pécheur, le faux-croyant, le païen, l’impur et l’impureté : force est de constater que l’image du chien a très mauvaise presse dans le bestiaire biblique du Nouveau Testament, que ce soit chez Paul (Ph3,2), Pierre (2 P 2,22), Matthieu, Marc et Luc ! Aussi, il est normal que l’antithèse de Jésus identifie les Cananéens au chien puisque le judaïsme de l’époque les considère comme des païens.
Propre à l’évangile de Matthieu, la réponse de la Cananéenne est une antithèse possédant une formulation parabolique qui la rapprocherait de l’évangile de Luc. La subtilité lucanienne associe indirectement l’image du porc et du chien dans deux paraboles. Le Fils prodigue (Lc 15, 15-16) et le pauvre Lazare (Lc 16, 21) se trouvant dans une même situation : l’exclusion totale et être devenu plus impur que l’impur. Si Lazare pouvait encore espérer aller chercher les miettes de la table ; par la rhétorique de l’antithèse, le fait d’être léché par les chiens est la cause de sa désespérance : il renforce son exclusion ! Malade, abandonné et maintenant totalement impur, il ne peut plus s’approcher de la Table pour récupérer les miettes !
Aussi dans son extravagante réponse, en s’identifiant au petit chien, la Cananéenne se déclare païenne et impure ! Elle est comme Lazare, à la différence qu’elle peut, elle, s’approcher et manger les miettes d’un pain descendu de la Table du Ciel ! Voilà sa différence et son originalité ! Elle est une païenne qui souhaite se convertir et qui reconnait en Jésus le Fils de Dieu, celui qui peut la purifier !
Et Jésus ? Serait-il comme le mauvais riche ? Celui qui peut tout, le Fils de Dieu, va-t-il rester aveugle et sourd aux appels du prochain qui frappe à sa porte ? Va-t-il transgresser le Loi d’amour du prochain ? Son Salut serait-il finalement réservé ?
Si sa provoquante antithèse laisserait le penser, sa réponse à l’antithèse de la Cananéenne ouvre une nouvelle perspective : l’annonce d’un Salut divin qui ne sera pas seulement pour quelque uns, mais qui sera ouvert et offert à tous ! Il le Pain du Ciel qui sera livré pour tous !
L’image du chien demeure toujours négative, mais elle permet, par opposition, de mettre en pleine lumière l’infinie Miséricorde de Dieu ouverte à toute l’humanité : lui seul est fidèle, lui seul nous guérit, lui seul nous sauve !




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