top of page

Il vient, de surgissement en surgissement!

Commentaire d’évangile pour le 2ème Dimanche de l'avent  (Mt 3,1-12 ; année liturgique A), célébré le dimanche 7 décembre 2025.


Commentaire publié dans le journal hebdomadaire L'AMI HEBDO au sein de l'édition du 7 décembre 2025.



Si l'évangéliste Matthieu fut, avec Luc, le seul à nous laisser des évangiles de l’Enfance, il faut sans cesse s’émerveiller de l’énigmatique inauguration du ministère de Jésus-Christ où l’on va de surgissement en surgissement !

Le premier surgissement est celui de Jean-Baptiste, écoutons son cri d’appel !

 

 

Avez-vous remarqué comme tout est caché ?

Il faut attendre le verset onze pour que l’on parle de Jésus, et encore sous le voile de l’expression « Celui qui vient ». N’est-ce pas comme la poésie d’une aurore, où le ciel a déjà changé de couleur, où l’on peut déjà distinguer les formes, mais où le soleil n’est pas encore levé.

 

 

Dans ce décor de suggestions tout est voilé par l’Ecriture dont bien des versets guident notre route vers Celui qui vient, expression qui d’ailleurs est empruntée au psaume 117, psaume pascal par excellence !

Mais Jean-Baptiste, le dernier des Prophètes, surgit (car tel est le verbe employé), en citant l’Ecriture, en l’occurence un verset d’Isaïe (Is 40,3).

 

De plus, comme nous l’avions vu dans un commentaire de jadis[1], chaque détail de son habit (Mt 3,4) est une référence indirecte à un passage de l’Ecriture[2]. A travers Jean-Baptiste, c’est l’autorité et la centralité de l’Ecriture qui prend visage.

 

Cependant, si l’évangéliste Matthieu ne décrit pas les habits de Jean-Baptiste comme l’évangéliste Marc (Mc 1,6), il propose d’entendre, avec plus de véhémence que l’évangéliste Luc (Lc 3,7-9), une puissante invective envers les Pharisiens et les Sadducéens (Mt 3, 7-10) qui préparera et fera surgir l’appel à la conversion et au baptême dans l’Esprit qu’apportera Celui qui vient

Et si nous tentions de comprendre cette invective, tisée d’emprunts bibliques, pour mieux connaitre « Celui qui vient » à travers le prisme de l’Ecriture ? Car le visage de « Celui qui va prendre chair » se reflète et se donne au reconnaitre à travers les Ecritures !  

 

 

L’invective est en fait un complexe maillage biblique où s’entremêlent plusieurs prophéties de l'Ancien Testament. Jean-Baptiste y accomplit sa vocation d’être le dernier prophète tout en se plaçant, presque scrupuleusement, sous l’autorité des prophètes de l’Ecriture.

 

 

L’invective commence en traitant les auditeurs de vipères et d’annoncer une colère. Cela fait référence à Isaïe (Is 20) rappelant que le prophète avait marché dévêtu et pieds nus pendant trois ans pour annoncer l’invasion Assyrienne et la déportation des Egyptiens et des Ethiopiens. Or, en ce temps-là l’Egypte et l’Ethiopie furent des puissances protectrices et dominatrices, dont jamais on aurait pensé qu’elles puissent un jour s’effondrer.  Et pourtant celles qui furent une grande puissance, l’Egypte et l’Ethiopie, traversèrent le pays de l’Alliance, pour être déporté.

  

L’invective se poursuit par un vibrant appel à la conversion en référence à Isaïe (Is 1,16-17) où le prophète appel à se laver, se purifier et à cesser de faire le Mal !

 

Puis se pose la question de l’appartenance à la descendance d’Abraham. Elle fait référence à Ezéchiel (Ez 33,24) qui, désigné comme une sentinelle au moment de la déportation Babylonienne, invitait le peuple à la cohérence de vie : pourquoi se revendiquer fils d’Abraham pour demander à Dieu d’échapper au malheur de la déportation, si durant sa vie on n’a fait que le mal et trahit son Alliance ?

 

Enfin on termine par l’image de l’émondage des mauvais fruits. Cela fait référence aux invectives de Malachie (Ml 3,1-3 et Ml 4) ou de Daniel (Dn 4,14) qui parlent de Dieu venant lui-même purifier son œuvre par le feu de son Esprit.

  

 

Ce tissage biblique, qui d’ailleurs sera repris durant le ministère[3] de Jésus, est comparable à un vêtement de baptême !

 

Il revêt les harmoniques du baptême du Christ.

On ne met sa foi qu’en Dieu seul, lui seul est notre raison d’espérer !

L’eau de la Grâce nous purifie et nous régénère, faisant de nous non seulement des Justes, mais des Enfants de Dieu !

Cette eau nous consumera dans le feu de la Charité !

 

 

Alors si tout semble s’écrouler autour de nous, espérons et faisons de cet avent jubilaire un surgissement dans la foi et dans l’Amour !




--------------------------------------------------------------

[1] Emmanuel BOHLER, Lorsque l’absent a toujours raison, In L’Ami-Hebdo n°49-2023, 10 décembre 2023

[2] Jean-Baptiste porte un vêtement à poil de chameaux. Le chameau signifie l’image de celui qui va puiser à la source de l’eau vive de l’Esprit de Dieu (Gn 24,1-22, Za 13,4). Il porte une ceinture au rein. C’est-à-dire se souvenir du repas pascal, être prêt à partir une fois libéré de la servitude (Ex 12,11). Il mange des sauterelles. Même si elles désignent une des plaies d’Egypte (Ex 10,14), ces dernières rappellent une parabole du prophète Joël (Jl 1,4). Il s’agit de l’invasion des Chaldéens qui, comme elles, dévastent tout. Ainsi, manger des sauterelles devient l’image du triomphe envers les envahisseurs. Il mange aussi du miel. Il désigne le fruit de la Terre Promise (Ex 3,8), mais aussi la suavité de la Parole de Dieu (Ps 80,17 ; Ps 118,103) qui coule sur le rocher. C’est-à-dire le miel sauvage fabriqué par les abeilles dans la cavité des rochers et que l’on compare volontiers à une manne (Ex 16,1-15), une nourriture qui descend du ciel. Manger du miel signifie se nourrir de la Parole même de Dieu.

[3] Il est intéressant de constater qu’au cours de certaines étapes de son ministère, Jésus va reprendre par fragments cette invective de Jean-Baptiste, mais en y apportant à chaque fois quelque chose de nouveau. Nous sommes en présence d'une herméneutique nouvelle, mais faite non pas dans la rupture mais dans la continuité. Cette invective de Jean-Baptiste qui convoque les grands prophètes de l’Ancienne Alliance, peut être considérée comme programmatique pour le ministère de Jésus, mais l’originalité est que ce dernier va y révéler le mystère d'une nouvelle Alliance.

Par son invective Jean-Baptiste prépare bien le chemin de la prédication de Jésus, mais cette dernière y révèlera un enseignement nouveau ! La nouveauté de Jésus-Christ surgit de la prédication de Jean-Baptiste. En voici le détail.

Jésus reprendra l’invective en traitant d’engeance de vipères les Scribes et les Pharisiens (Mt 23,33). Jésus y révèlera sa mort et surtout comme Jérémie, ses célèbres lamentations sur Jérusalem (Mt 23,37) qui tue les prophètes. Ils rappellent que le sang du Juste a été versé sur la terre ainsi que dans le Temple, révélant ainsi la dimension sacrificielle de sa mort : Jésus sera le seul Juste qui nous justifie !

Jésus aussi fera un vibrant appel à la conversion (Mt 21,28-32). En reprenant l’exemple de la prédication de Jean-Baptiste, Jésus proposera la célèbre parabole du père et de ses deux fils : un ne va pas aller à la vigne mais finit par y aller, quant à l’autre il promet mais n’y va pas. Cette parabole permet à Jésus de dénoncer le paradoxe du Peuple élu de l’Ancienne Alliance à qui Dieu envoie les prophètes mais qui refuse d’écouter, alors que les païens reçoivent l’annonce et se convertissent. La promesse d’Alliance aura une portée universelle et sera proposée à tous.    

Jésus reprendra l’allusion à la descendance d’Abraham (Mt 8,11-12), mais plutôt que d'en donner un sens plutôt restrictif, il va au contraire lui en donner un sens et une portée universelle. La descendance d’Abraham désignera tous ceux qui croiront en son Nom, ouvrant ainsi le Salut aux païens. D’ailleurs dans son discours Jésus fait allusion à la venue des Mages (ceux qui viennent de l’Orient et de l’Occident). Le Salut opéré par Jésus-Christ sera offert, non seulement au Peuple choisi de l’Ancienne Alliance, mais aussi pour tous les païens.

Enfin Jésus reprendra aussi l’image de l’émondage de l’arbre (Mt 7,15-20), cependant la portée ne sera pas la même que Jean-Baptiste pour qui l’image correspond à la purification par l’œuvre de l’Esprit de Dieu. Jésus emploie cette image dans une parabole permettant de discerner les bons des mauvais prophètes. Un prophète sera habité par l’Esprit de Dieu si son enseignement correspondra à sa vie concrète. C’est-à-dire si l’Esprit de Dieu aura transformé ses actes concrets et non seulement sa parole de son enseignement. Jésus emploie l’image pour évoquer la vie dans l’Esprit de Dieu, pas uniquement dans une perspective de purification.  

Commentaires


bottom of page